POV Ryan:
Sous mon éternel imperméable râpé, je grelotte. Cette froide nuit de Janvier me pénètre et entoure mes os... J'ai l'impression qu'elle va les briser... Les rafales de vent se succèdent envoyant les mèches qui pendent devant mes yeux en tous sens. C'est comme si j'allais m'envoler... Si mince, si vulnérable dans ce noir oppressant...
Je commence à m'habituer, mais je maintiens mon avis: Faire le trottoir, c'est vraiment une horreur.
Quoi? Un mec qui joue la pute?
Figurez-vous que ça marche... Aussi bien que si j'étais n'importe quelle de ces petites nénettes en string! Bon, d'accord, j'ai pas le même genre de clients qu'elles. J'ai justement des nénettes en string, puisqu'on en parle... Pas les prostituées... Juste celles qui voudraient mais qui n'osent pas. Il y en a qui aiment, coucher avec les badauds, je vous assure!
Mais je ne suis pas là pour vous raconter leur histoire...
Moi, Ryan Ross, j'ai perdu beaucoup de choses dans ma vie, dont mon amour propre et mes chances de m'en sortir... J'ai vraiment peur de devoir exercer ce foutu métier jusqu'à ce que je dégoûte les femmes, à ce moment-là, j'irais squatter, fumer, retourner les bennes à ordures. Un avenir tout tracé! Fantastique, n'est-ce pas?
Nan... Pour l'instant, je me débrouille. J'ai un appartement, à moi (En même temps j'ai pas trop le choix, pour les clientes), je mange à ma faim et j'ai des vêtements à ma taille!
D'accord, j'ai pas d'amis, je suis un bon à rien, je me suis fait virer de chez moi et j'ai pas assez d'argent pour me payer des études correctes.
Oui, c'est vrai, je sais rien faire... Quand j'étais gosse, je me suis jamais soucié de mon avenir. Dans les jupons de Maman, derrière le complet-veston de Papa, je me croyais carrément invincible! Mais quand mes deux héros se sont écroulés, j'étais complètement perdu. Alors, j'ai plus rien foutu à l'école et je me suis fait virer du nid! Puis, jeté à la gueule du monde, j'ai du me débrouiller, dormir sous des ponts, me faire des amis douteux, finalement trouver un appartement en pleine ville à un quart d'heure à vol d'oiseau de chez mes parents... J'ai interdiction de remettre les pieds dans mon ancienne maison. Tant mieux, je ne pouvais plus supporter les couloirs de mon immeuble qui sentaient la pisse de chat, mes parents bancals, ma s½ur, cette salope qui volait tout MON argent pour le dépenser en fringues et en capotes, nos voisins bruyant, la puanteur de la banlieue. Là, au moins, je suis dans Las Vegas... Oui, je vis dans un deux pièces moisi, mais au moins, je suis plus là bas...
Bref.
Mon passé n'est sûrement pas très intéressant... Je parie que même le votre l'est plus. Tout ça n'a aucune importance... Parlons plutôt du présent, de ce gars, au bout de la rue, qui m'observe. Il me fait un peu peur... Surtout, qu'il commence à bouger, il vient vers moi...
Maintenant, il a l'éclat du lampadaire qui lui revient en plein visage. Franchement... Il n'est pas si effrayant que ça tout compte fait... Plutôt jeune, il ne doit pas avoir tellement plus de dix-huit ans, il n'est pas très grand et plutôt maigre. En tout cas, c'est pas un mec de banlieue difficile, ça se voit d'ici! Il est pas mal fringué... Nan, ses habits ressemblent à ceux des mannequins dans les magazines de mode... Et puis on dirait qu'il vient de sortir de chez le coiffeur tellement ses cheveux sont propres et et bien coupés.
Il s'approche de plus en plus, jusqu'à être carrément nez à nez avec moi. C'est ce moment-là qu'il choisit pour m'aborder:
- Bonjour... Fraiche nuit n'est-ce pas?
Il a un ton mielleux, il est trop poli... P'tit bourge...
- Mouais.
- Hem...
Il a l'air un peu gêné, tout d'un coup...
- A vrai dire, je vous aborde pour... Enfin... Je suis très seul ce soir et... S'il vous plait...
J'étais pas au courant que ça se voyait autant quand je fais le trottoir...
Je lui balance un sourire sarcastique.
- Excusez-moi, je ne prends pas les hommes. Allez chercher une pute, y'en a plein les rues à cette heure-ci! Moi je suis pas gay, désolé!
Sa lèvre supérieur tressaille légèrement lorsque je prononce le mot "Gay", ça a l'air de le déranger...
Il me fait une petite moue désespérée.
- Je vous en supplie.
- Non.
- Quels sont vos tarifs habituels?
Il commence à me gonfler!
- Pff... 60 edollars par client! je lui balance, espérant le dégoûter.
- Je vous offre dix fois plus!
Mes yeux s'agrandissent de stupeur. Je tombe des nues... Rendez-vous compte... Je pourrais gagner plus en une demi-heure que des gens honnêtes en presque un mois! C'est énorme! Bon... Je crois que pour une fois, je vais faire des sacrifices. Mon sourire s'adoucit, puis:
-Dans ce cas, je ne peux pas refuser...
Dans ses yeux vifs couleur châtaigne passe un petit éclair de bonheur.
Je l'entraîne chez moi. J'ai un peu honte d'amener un garçon de si bonne famille dans un endroit aussi pitoyable mais, après tout, moi, je lui ai rien demandé, alors...
Les cinquante marches qui séparent ma porte d'entrée du rez-de-chaussée me paraissent interminables à monter tant notre silence est pesant. J'ai presque l'impression que l'autre est en pierre... J'ai à peine envie d'engager une conversation avec... Lui. Non, ce n'est pas parce qu'il est homosexuel! Je ne suis pas comme ça. Je ne juge pas les gens, même si mon père m'a élevé d'une façon détestable qui consiste à dire que tout ce qui n'est pas blanc et hétéro est indigne de survivre dans ce monde... Moi, j'estime que LUI (mon père) est une des seules personnes à ne pas mériter de prospérer sur cette terre.
Enfin, aucune importance.
Je cherche un bon moment la clef de mon appartement, le garçon reste stoïque, il ne bouge pas d'un demi millimètre, il ne prononce pas un mot. Enfin, je trouve ce satané bout de métal rouillé, je l'introduis dans la serrure et entre. J'ai une boule au creux de l'estomac, mais au fur et à mesure, j'ai l'impression qu'elle se déserre. Ça me fait vraiment bizarre de devoir coucher avec un mec... Mais qu'est ce qu'on ne ferait pas pour de l'argent, franchement?
L'autre est à présent au milieu de mon salon, sa veste en velours beige bien repassée posée sur le bras, il est toujours immobile. Je crois que c'est moi qui vais devoir le décoincer...
- Tu sais, tu peux te mettre à l'aise...
Je n'avais pas remarqué auparavant, mais ses oreilles sont écarlates. Il a vraiment honte de ce qu'il est en train de faire... Ce n'est sûrement pas ce que Papa/Maman lui avaient appris. C'est probablement la première fois que sa vie qu'il passe au-dessus d'un règle. Il commence fort!
Sa jolie veste à présent déposée sur mon canapé, il passe à l'action. Je crois que maintenant, il ne se soucie plus ni du bien, ni du mal, il n'a envie que d'un chose: Du plaisir...
Il attrape mon visage et m'embrasse. Je trouve ça dégoûtant même si il s'y prend bien. Voire très bien...
- T'es entraîné, dis donc! je lui lance!
Il me sourit de toutes ses dents blanches et bien alignées, mais pour l'instant, il n' a pas l'air décidé à discuter. Peut-être après...
J'aime bien discuter avec les clients... En fait, je suis très bavard. Vous aviez remarqué?
Il m'ôte mon vieil imperméable puis mon T-Shirt et commence à parcourir de ses lèvres mon torse nu. Je ferme les yeux et enlève à mon tour ses vêtements. Son torse est brûlant. Il veut débuter les félations...
- Mais c'est hors de question! T'es complètement malade?!?
Il a l'air vexé.
- C'est ton métier.
Il a vraiment une expression butée.
Malgré ma répulsion je m'exécute. Il est tout heureux, cet espèce de cochon... Je déteste ça, je le referais plus jamais... Ensuite il me demande de me retourner. Oh non... Je pensais que le pire était fait mais apparemment j'avais tort. Il y va en douceur, mais ça fait mal quand même. Surtout que je ne l'aime pas, moi, ce gars. Je suis crispé sur mon canapé... Je suis en train de mordre le coussin qui est à ma portée histoire de ne pas craquer, de ne pas lui hurler d'arrêter et de déguerpir.
Maintenant, l'acte est terminé. Je suis tout transpirant, je n'en peux plus... Je remets mon boxer et vais ouvrir un peu la fenêtre. Le garçon est toujours sur le canapé. Je crois qu'il s'est endormi. Bah dis donc... J'ai jamais vu quelqu'un tomber dans le sommeil aussi vite! Chapeau mon gars!
Je m'assois à côté de lui. Je ne connais même pas son prénom...
Je lui secoue un peu l'épaule.
- Eh...
- Mmm... Quoi?
Il ouvre ses beaux yeux brillants.
Il a l'air d'enfin comprendre ce qu'il vient de faire. Son visage est déformé par un sentiment que je pense être de la honte... Ou de la colère envers lui-même, je n'en sais rien.
Je le cale contre moi et entreprends d'engager une conversation:
- Je connais même pas ton nom!
- Je... Suis vraiment désolé... Je sais pas ce qui m'a pris. J'aurais pas dû. Je dois rentrer maman va s'inquiéter et...
- Stop! Tu n'iras nulle part tant que tu n'auras pas répondu à ma question: Comment t'appelles-tu?
- Brendon. Maintenant, lâchez-moi!
- Nan, pas encore... Mon argent...
Je tends la main, il pâlit.
-Mais... J'ai pas d'argent.
- Tu m'avais promis 600 dollars je te rappelle.
- Oui. Je suis désolé, je n'ai pas ça sur moi...
- Tu te débrouille pour me payer. J'ai pas fait ça pour rien, parce que je te le signale juste en passant: J'ai pas aimé.
Il jette des regards désespérés de tous les côtés, apparemment, il n'a pas de solution en tête. Normal, Papa/Maman apprennent pas comment se sortir des magouilles avec les prostitués!
- Bon, écoute mon gars, je te fais crédit. T'as une semaine pour me donner mes 600 dollars... Tu marches?
Il acquiesce en vitesse.
- Tu vois le bar, là-bas?
Je lui indique par la fenêtre une enseigne éclairée par un lampadaire abîmé.
- Oui.
- Tu me retrouves tous les jours de cette semaine, là-bas, à 17 heures pour mon fric... Okay?
Il a l'air contrarié, mais il accepte quand même.
Je lui fais un grand sourire et lui tapote le dos.
- Parfait! Maintenant, file! Maman va s'inquiéter.
Je lui sers un sourire de baleine pour finir. Dès qu'il a claqué la porte, je prends ma guitare... Ces événements m'ont donné des idées.